Une robe noire, des jantes en 20" et quatre sorties d'échappement : on est bien loin des kits carrosserie extra-larges, des jantes en 22" et des pare-chocs agressifs qui équipent les nouvelles Audi. L'Audi S5 B8 est probablement l'une des références dans le monde des grandes GT coupés. Serait-ce le sleeper ultime ?

C'est sous les traits experts de Walter De Silva qu'Audi présente en 2007 au salon de Genève son nouveau grand coupé A5. En parallèle, la version sportive de celui-ci est dévoilée avec la version S5 que nous avons à l'essai.
Si le design extérieur est proche de la version A5, ce n'est bel et bien que de l'esthétique. Esthétiquement, on est très proche de la version A5, la calandre est toutefois ici peinte en gris et les prises d'air un peu plus prononcées afin de refroidir au mieux ce qui se passe sous le capot. Les coques de rétroviseurs reprennent l'aluminium de la calandre au même titre que les baguettes du seuil de porte. Les jantes en 19 ou 20 pouces, en fonction de l'option, viennent renforcer l'aspect musclé de la voiture. Enfin, les quatre sorties d'échappement trahissent l'aspect plus viril de la voiture, le tout surplombé par un becquet plus prononcé que sur l'A5. Au final, pour un œil non averti, la S5, esthétiquement parlant, peut passer pour une A5 classique.

À l'intérieur par contre, on est loin de la version d'entrée de gamme. Les finitions, on le sent bien, sont allemandes : rien ne bouge, rien ne craque, le cuir et l'aluminium sur notre modèle sont présents un peu partout et on retrouve un superbe volant avec commandes au volant. Côté sièges, on reste dans l'esprit GT, ici pas de baquet en carbone aussi léger qu'une plume. On retrouve plutôt des sièges confort bien enveloppants, réglables électriquement et chauffants. Le reste de la voiture est spacieux ; bien sûr, les passagers arrière ne seront pas aussi à l'aise que dans un monospace, mais pour un coupé l'espace offert est correct.
Passons à ce qui nous intéresse le plus, le cœur même de l'Audi S5, son moteur. Pour déplacer dignement les plus de 1 700 kilos de l'allemande, Audi a opté pour le V8, qui plus est atmosphérique. Sur le papier les performances sont bonnes, une GT équipée d'un V8 de 354 chevaux et plus de 500 Nm de couple. On ajoute à cela la transmission intégrale Audi et on se retrouve avec probablement une des GT les plus agréables à conduire. Côté performances, le 0 à 100 km/h est avalé en à peine 5,4 secondes pour une vitesse bridée à 250 km/h, des performances qui sont encore largement d'actualité. Côté transmission, on retrouve couplée au quattro une boîte... manuelle, et oui, sur cette première version l'acheteur n'aura d'autre choix que de se contenter d'une boîte six rapports. Un choix intéressant pour certains, plus étonnant pour d'autres.

Mais le tour de la voiture fait, voyons comment cette S5 se comporte sur route. Là où aujourd'hui les GT se rapprochent de plus en plus des supercars, Audi en 2013 proposait-elle une vraie GT ?
Au volant de l’Audi S5
Bon, en réalité, notre modèle du jour, cela fait bien longtemps qu'il est connu : le propriétaire, Charlie, est un bon ami et la voiture est son daily. L'essai se déroule donc en terrain connu, mais cela n'enlève rien au plaisir de passer une bonne matinée.
Pour essayer la voiture, direction les routes de l'arrière-pays manceau, pas son endroit de prédilection, mais nul doute qu'un essai complet sur autoroute au régulateur ne passionnera pas grand monde (les autobahn sont bien loin pour accrocher les 250 km/h).

Débutons ainsi par la ville et les double voies pour rejoindre les paysages sarthois. Première impression : l'installation à bord est aisée, du haut de mon presque mètre quatre-vingt-dix, je n'ai aucun problème pour m'asseoir à bord, les genoux ne viennent cette fois pas se souder au volant, déjà un bon point.
Il existe une rumeur comme quoi l'habitacle d'une voiture serait en rapport avec sa nationalité, par exemple les voitures japonaises seraient des voitures de « petits » et les allemandes des voitures de gabarit plus imposant. Eh bien, en m'installant dans les sièges, je sens effectivement comme un flottement, les sièges, bien que confortables, ne sont pas remplis et le maintien n'est donc pas optimal. Mais ce n'est qu'un détail.
Cr : tonio.supercars
La voiture reste plus que confortable, tout paraît à sa place et les commandes tombent parfaitement sous la main. Il est temps de démarrer le V8 FSI issu de la S4, celui-ci s'ébroue sans artifice, plutôt sage même. On sent toutefois que dès le premier rapport engagé, quelque chose se trame sous le capot.
La boîte est simple, l'embrayage aussi, les deux sont prêts à encaisser les 500 Nm de couple sans problème. En ville, si on fait attention au gabarit et aux ruelles étroites, la voiture se conduit comme n'importe quelle Audi, elle passe inaperçue.
On s'engage sur la voie rapide et soudain, ce n'est plus une simple Audi : les 354 chevaux s'éveillent et on a à peine le temps de passer un rapport que la vitesse limite est atteinte. Il est temps de passer directement en sixième rapport et de profiter du grondement du V8. À bas régime, le moteur est coupleux ; même en sous-régime, pied au plancher, les huit cylindres font grimper le compteur de vitesse à une allure impressionnante. La voiture ne donne envie que d'une chose : cruiser, coude à la portière, en profitant du beau temps.

Mais bon, avec plus de 350 chevaux, un châssis issu de chez Audi et une transmission quattro, il serait dommage de ne pas voir l'affiliation avec son ancêtre provenant du rallye. Non, on ne va pas faire une spéciale du Monte-Carlo avec, mais voyons tout de même si cette S5 peut se débrouiller sur des parties sinueuses.
Et pour le coup, il y en a quelques-unes en campagne. Bon, ici c'est à l'ancienne : pas de mode sport, pas de suspension pilotée, pas de boîte à double embrayage. Un « col » de montagne bien connu dans la région servira de route test pour voir les capacités dynamiques de la S5.
Dès le premier virage le châssis est impressionnant, malgré un embonpoint plutôt marqué la voiture ne prend pas trop de roulis, elle reste stable sur sa trajectoire, la direction quant à elle communique bien ce qui se passe à l'avant, de quoi rassurer le conducteur. Les relances, bien évidemment, sont impressionnantes, la voiture est collée au sol et les quatre roues motrices font passer sans problème la puissance au sol.

Pour qui est avisé et a l'espace, la répartition du couple en 40-60 permet à la S5 de pivoter et de faire légèrement dériver le train arrière, tandis que le train avant, lui, tracte pour s'extraire au plus vite du virage.
Pour le moment, la montée s'effectue sans problème ; on n'est pas sur une supercar, certes, mais Audi a réussi à faire de sa S5 une voiture qui, même dans le sinueux, s'en sort haut la main. Mais lors de la descente, ce n'est pas la même histoire.
L'embonpoint de la voiture se fait soudain ressentir d'une façon bien plus marquée : au moment d'attraper les freins, la physique nous rappelle qu'il faut stopper une masse lancée à vive allure. Et sur ce coup-là, les ingénieurs de chez Audi n'ont pas fait les meilleurs choix.
Avec des disques ventilés mais des étriers monopiston flottants, les freins arrivent très vite à leur limite, obligeant à relâcher l'accélérateur un peu plus tôt.

On ajoute à cela que le transfert de masse lors des freinages vient surcharger le train avant, déjà lourd du moteur et du système quatre roues motrices, et soudain la direction devient très floue. La voiture reste tout de même stable et n'est pas dangereuse, mais elle communique bien moins bien.
Arrivé en bas, le constat est simple : la S5 est bien une GT. Pour se déplacer de Berlin à Munich, aucun doute, elle est efficace, le confort à bord est impressionnant même 19 ans plus tard, le châssis est impressionnant, mais ce n'est pas une supercar. Oui, elle offre un côté fun en dehors des grandes lignes droites, mais ce n'est pas avec elle que vous ferez la meilleure montée (et surtout descente) de col.
En résumé, l'Audi S5 est une très bonne voiture, le moteur est fiable à condition d'être bien entretenu, le confort à bord est royal, et on sent une réelle expertise de la marque aux anneaux quant à la conception de la voiture. De plus, le V8 offre un agrément de conduite des plus enviables, le son est toujours un régal pour les oreilles (quoiqu'il mériterait d'être libéré). On notera toutefois un bémol pour cette boîte manuelle. Oui, les puristes préféreront, mais sur une GT de ce standing, une boîte automatique aurait ajouté la cerise sur le gâteau. Il faudra attendre la phase deux, sortie quelques années après, pour profiter de cela.
Elle reste toutefois la définition même du sleeper : l'œil non aguerri ne verra qu'une A5 TDI, mais à la première sortie de péage, soyez sûr que le V8 fera son effet.
Remerciements pour l'essai complet de la voiture : Charlie
